La crise globale dans laquelle le capitalisme mondial a plongé la
planète n'est pas un orage dans un ciel d'azur. Elle traduit les
contradictions du système accumulées depuis plusieurs décennies :
intensification de la concurrence au niveau mondial, déréglementation
des marchés financiers, développement insoutenable de capital financier
sous forme de dettes bien supérieures aux richesses réellement
produites.
C'est aussi une crise de civilisation. La satisfaction des besoins
humains et sociaux (santé, éducation, temps libre de qualité…) est
incompatible avec la concurrence et à la course à la
rentabilité financière qui implique le productivisme capitaliste.
Celui-ci épuise la biosphère, nous détruit au travail – alors même que
chômage et sous-emploi sont de véritables fléaux. Il nous soumet à un
lavage de cerveau marketing de plus en plus sophistiqué pour manipuler
nos comportements de consommateurs.
Le capitalisme se révèle incapable de prendre en charge, dans
l’intérêt de l’immense majorité de la population, la crise écologique
planétaire qu’il a générée. L’échec du sommet de Copenhague à définir
des objectifs impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de
serre pour faire face à la crise climatique marque un tournant. Cette
situation se retrouve dans toutes les dimensions de la crise écologique:
effondrement de la biodiversité, crise de l’eau, érosion des sols,
pollution chimique généralisée, etc. En même temps, les classes
dominantes s’efforce d’instrumentaliser la crise écologique pour imposer
des attaques redoublées contre les conditions de vie et de travail des
exploitéEs au nord comme au sud.
Mais il faut constater que l'idéologie contemporaine du capital – le
néolibéralisme – a du plomb dans l'aile. Les réformes néolibérales
étaient censées apporter davantage de croissance et donc des retombées
positives pour chacun – même inégalement réparties. C’est l’inverse qui
se produit.
Entre août 2007 et septembre 2008, la crise a commencé par un krach
financier et une crise bancaire. La seconde étape, en 2009, a été la
plus grave récession depuis les années 1930. Elle s'est traduite par une
hausse brutale du chômage (aujourd’hui 10% en France, 20% en Espagne…)
et aussi, dans de nombreux pays, par une baisse des salaires réels. Les
sauvetages financiers, les mesures de relance et la baisse des recettes
liées à la baisse de l'activité ont accéléré la hausse de l'endettement
public, déjà élevé avant que la crise ne commence. Cette dette publique
est au cœur de la troisième étape. Prêts à tout pour préserver les
intérêts capitalistes du secteur financier, les gouvernements si
généreux avec les banques imposent aujourd'hui aux populations une
féroce politique d'austérité au nom de son remboursement.
La dette est illégitime, l’austérité est violemment injuste et les
appels aux sacrifices qui l'accompagnent sont indécents. Ceux-là mêmes
qui, depuis les années 1980 ont dû travailler de plus en plus dur,
supporter la précarité, les licenciements, l’asphyxie humaine et
financière des services publics, le chômage et les fermetures d’usines,
sont les premiers attaqués.
Les revenus de l’oligarchie : les Bouygues, Bolloré, Lagardère, de
leurs amis industriels et banquiers et de tous ceux dont la richesse a
décuplé, sont sanctuarisés.
À la suite du plan décidé le 9 mai 2010 par les gouvernements de
l’Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque
centrale européenne (BCE) contre le peuple grec, l’ensemble des États
européens ont engagé des plans d’austérité contre les salariéEs, les
retraitéEs et la jeunesse dans tous les pays de l’Union. De l'Irlande à
la Grèce, de la Lituanie au Portugal, de la Roumanie et de la Hongrie à
l’Espagne sans épargner la France let l’Allemagne, les classes
dominantes ont engagé une guerre sociale. Réduction du nombre de
fonctionnaires et d’agents de l’État, d’infirmières et d’aides-soignants
dans les hôpitaux, d’enseignants (dans les écoles, les collèges et les
lycées) ; réforme des retraites; réduction d'aides au logement et
d'allocations handicapés, … autant de mesures qui ne sont que les
premières d’une vague sans précédent de baisse des revenus et de
dépossession de nos droits .
La généralisation des plans de réduction des dépenses publiques et la
baisse des salaires en Europe ne vont pas nous sortir de la crise. Au
contraire, ils entraînent l'ensemble des économies dans une spirale vers
le bas : récession, augmentation du chômage et explosion de la dette
publique s'autoalimentent.
La violence économique infligée aux sociétés et la paupérisation de
masse, nous exposent à des régressions démocratiques majeures. Déjà, les
réflexes nationalistes jouent à plein, favorisant une montée en
puissance des extrêmes droites dans la plupart des pays d'Europe. Le
sigle infamant de PIGS (cochons) a même été inventé pour stigmatiser les
pays de l'Europe du sud (Portugal, Italy, Greece, Spain). On oppose les
pays dispendieux – les cigales – aux pays vertueux – les fourmis – pour
mieux occulter que ce sont les politiques de blocage des salaires, d'un
côté, et de libéralisation financière tous azimuts, de l'autre, qui
nous ont conduit là où nous en sommes.
Ceux qui gouvernent feront tout ce qui est en leur pouvoir pour
empêcher toute intervention des populations contre ce qu’ils veulent
imposer. Dans ces conditions, limiter les libertés démocratiques et
amplifier les politiques racistes et discriminatoires est à leurs yeux
indispensable, c'est pourquoi intervenir sur ce terrain est
indissociable du combat social.
La gravité de la situation appelle une réponse démocratique : une
mobilisation en profondeur pour rejeter les plans d'austérité, défendre
les droits des travailleurs et, au-delà, la mise en place d’un
gouvernement au service de la population. Un gouvernement décidé à
défendre les libertés, à protéger les salariés, la jeunesse et les
retraités des agressions du capital et à assurer des conditions
d’existence décentes à tous et un avenir aux jeunes. Un
gouvernement décidé à mettre en place les mesures nécessaires pour
assurer l’égalité réelle entre les hommes et les femmes, à prendre en
charge les défis posés par la crise écologique. Face aux mesures des
banques, du patronat et des États pour sauvegarder leurs profits et
leurs privilèges, il est urgent que les travailleurs et les classes
populaires puissent leur opposer un projet d’ensemble pour sauvegarder
leurs droits, c’est-à-dire ceux de la collectivité contre une minorité
parasite, et pour assurer l'avenir même de la société.
L'impasse économique, écologique, civilisationnelle et idéologique
dans laquelle se trouve le capitalisme contemporain appelle des réponses
politiques qui contestent le droit d’une minorité richissime à décider
du destin de l'immense majorité de la population. Sortir de la crise
dans laquelle la politique de cette minorité plonge toute la société
exige un bouleversement démocratique, la conquête par les exploitéEs et
les oppriméEs des moyens de prendre en main le destin de la société,
leur propre destin, des moyens de contrôler la production, la conquête
du pouvoir politique.
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