1 – Nos vies pas leurs profits !

Il ne peut y avoir de sortie de crise sans inverser le rapport de force sociale et politique entre le monde du travail et les classes possédantes. Contrairement à ce que prétendent les gouvernants, la lutte des salariéEs pour la défense de leurs droits, loin d’être vaine, représente la seule voie pour sortir de la crise.

Les couches sociales d’en bas, les plus nombreuses, s’appauvrissent visiblement: moindre consommation, en tout cas de plus en plus en deçà des besoins. Cet appauvrissement général en retour pèse sur la sphère de production: fermeture de pans entiers industriels, chômage de masse.

> Augmenter les salaires, 
   garantir un revenu décent.

Ce sont les profits exorbitants, confisquant une part toujours plus importante de la richesse produite, qui sont à l’origine de la spéculation et de la crise financière. La meilleure façon de réduire les profits, c’est d’augmenter la part des salaires. Il y a urgence à augmenter les salaires de 300 €, à garantir que pas un revenu ne soit inférieur à 1500 € net, à opérer un rattrapage des salaires féminins.

> Interdire les licenciements 
   et la précarité !

Licenciements, temps partiel imposé, chômage partiel, heures supplémentaires, intensification du travail… le patronat traite les salariés comme une variable d’ajustement pour maintenir ses profits. Pour cela il combat pour la liquidation de toutes les garanties conquises par les luttes et tout statut protecteur comme celui de la fonction publique.

Pour en finir avec la précarité, nous n’avons besoin que du seul contrat à durée indéterminée. Cela exige évidemment la fin des contrats précaires – CDD et intérim – qui ne servent qu’à ajuster au plus près les effectifs aux besoins des patrons.

Remettons les choses à l’endroit: le droit à l’emploi prime sur le droit de propriété.

En cas de diminution de la production, l’intensité et la durée du travail doivent être réduits sans perte de salaire. Les licenciements doivent être interdits.

Dans les entreprises qui font des profits comme dans celles qui apparaissent en difficulté mais dépendent en réalité d’un grand groupe qui fait lui des profits, les salariés doivent avoir accès aux comptes des entreprises et pouvoir remonter jusqu’aux donneurs d’ordre, ce qui implique la levée du secret bancaire.

Fondamentalement, c’est le statut même des salariéEs qui doit être totalement changé. En cas de modification de la production, l’entreprise, les donneurs d’ordre, le groupe, la branche doivent assurer le salaire, la poursuite de la carrière et de la formation. Dans tous les cas, par-delà les aléas de telle ou telle entreprise, c’est au patronat d’ assumer la responsabilité totale de la suppression d’un poste en finançant un fonds de financement mutualisé, afin de permettre le maintien des salaires et des contrats de travail.

Nous défendons inconditionnellement le droit à l’emploi, mais pas n’importe quelle production de biens ou de services. Pour des raisons écologiques et sociales, des productions doivent être arrêtées comme le nucléaire, ou réduites drastiquement comme l’industrie d’armement, le transport routier de marchandises ou encore la production de pesticides. D’autres par contre devraient être mises en place de toute urgence comme la production massive d’énergie à partir de sources renouvelables. Mais ni les salariés ni les collectivités de travail ne doivent faire les frais des bouleversements nécessaires. Interdire les licenciements, garantir le maintien des emplois, permet au contraire d’envisager sereinement des modifications de production protégeant les salariéEs, l’ensemble de la population et la nature.

> Travailler toutes et tous, 
   moins longtemps, moins durement !

Les gains de productivité ont été accaparés par les actionnaires. Il faut mettre fin à cette injustice : s’il faut moins de travail pour la même production, c’est aux salariéEs d’en bénéficier. Il faut passer tout de suite à 32 heures sans perte de salaire, embaucher et refuser la flexibilité.

Mais au-delà, parce que le chômage de masse est une arme redoutable dans les mains du patronat: contre les chômeuses et chômeurs d’abord, méprisés et culpabilisés, contre les femmes et les étrangers accusés de voler le travail, contre les précaires condamnés à accepter ce qu’ils ou elles trouvent, contre tous les salariéEs, insécurisés et menacés… parce que le travail fatigue, use et tue prématurément, parce que nous avons besoin de temps pour se reposer, partager les tâches domestiques, réfléchir, se cultiver, militer… vivre!…Il faut réduire et partager le temps de travail jusqu’à l’abolition du chômage!

> Défendre la protection sociale, 
   développer le salaire socialisé.

Alors que le patronat cherche par tous les moyens non seulement à bloquer les salaires mais aussi à détruire l’ensemble de la protection sociale et en premier lieu les retraites, nous revendiquons plus que jamais le salaire socialisé.

Bien que, sur le bulletin de paie, figurent le salaire net, les cotisations dites patronales et salariales, c’est l’ensemble du salaire qui rémunère notre force de travail. La cotisation sociale, le salaire socialisé, finance les retraites, les indemnités du malade ou du chômeur, les allocations familiales.

Le principe du salaire socialisé s’oppose à la logique du système capitaliste : bien que ne travaillant pas, les personnes au chômage, en arrêt de travail pour maladie ou accident, en retraite, bénéficient d’un salaire! Alors que le salaire obéit aux lois du marché capitaliste, la redistribution du salaire socialisé repose sur une autre logique «à chacun selon ses besoins» en rupture avec le dogme libéral qui prétend que le sort de chacun est fonction de l’effort individuel. Bien loin d’être une «charge», les cotisations vont dans le sens d’une libération.

Comme nous n’accepterions pas que notre employeur ou le gouvernement décident de l’utilisation de notre salaire direct, nous devons rester maître du salaire socialisé, qui aujourd’hui s’il échappe au contrôle direct des capitalistes fait l’objet d’une gestion bureaucratique non démocratique. Les seuls légitimes pour gérer les caisses de Sécurité sociale qui sont notre salaire collectif sont les représentantEs des salariéEs démocratiquement élus, mandatés et révocables sans intrusion du patronat et de l’État.

Le montant de la retraite, des indemnités chômage, maladie, accident de travail, invalidité… doit être égal au meilleur salaire et indexé sur l’évolution salariale. Les allocations familiales doivent couvrir totalement les charges liées aux enfants.

Les soins et les médicaments doivent être gratuits car remboursés à 100 %. Mais notre protection sociale ne doit pas alimenter les profits de la médecine libérale, des cliniques privées, des trusts pharmaceutiques. Il faut un véritable service public de santé avec des moyens et du personnel pour l’hôpital public bien sûr, mais aussi le développement d’un réseau de centres de santé de proximité. Quant aux grands groupes de l’industrie pharmaceutique qui occupent le haut du CAC 40, ils doivent simplement être expropriés dans le cadre d’un service public de la recherche et de la production des médicaments.

Le salaire socialisé doit aussi être imposé durant toute la vie de la crèche à la formation, jusqu’à la retraite, par l’extension des services publics de la petite enfance, du 3e âge, par le salaire étudiant ou allocation d’autonomie.

Le droit à un revenu digne doit être imposé comme un droit universel.

Nous n’avons pas l’illusion que le capital se laissera amputer passivement, seul le rapport de forces imposera la progression et l’extension du salaire durant toute la vie, associées à sa gestion démocratique dans la perspective d’une gestion solidaire et non capitaliste.

> Garantir l’accès aux biens communs 
   dans un but social et écologique.

Aujourd’hui, une partie importante du salaire est consacrée à se (mal) loger. Le blocage des loyers, leur fixation y compris dans le secteur privé, la création d’un grand service public du logement en expropriant les grands groupes de l’immobilier sont des priorités. C’est aussi une condition pour proposer des logements bien isolés, sobres en consommation d’énergie.

De même, les prix des produits alimentaires de première nécessité doivent être bloqués et la TVA sur ces produits doit être supprimée. La grande distribution et l’agro-business, les quelques centrales de distribution doivent cesser de dicter leurs lois tant aux consommateurs qu’aux producteurs afin que chacunE ait accès à une nourriture de qualité dans un environnement sain.

Défendre des conditions de vie décentes pour la population passe par des services 100 % publics et une extension de la gratuité : santé, transports collectifs de proximité, télécommunications... Il s'agit de constituer de nouveaux «communs» en donnant accès à des biens et services hors des circuits marchands échappant à la domination qu'exerce le capital sur la consommation via la maîtrise de la production et le marketing. La mise en place de ces services publics implique une socialisation de leur gestion et de leur financement qui associe les consommateurs, les salariés et les représentations des collectives publiques pertinentes. S’agissant de certains biens communs tels que l’eau ou l’énergie, la garantie du droit d’accès pour tous et toutes doit s’accompagner d’une maîtrise de leur utilisation pour des raisons écologiques. La gratuité de la consommation de base pour tous les citoyens – fixée au niveau de la consommation moyenne d’un salarié – doit donc être complétée par une taxation fortement progressive de la consommation excédentaire qui pénalise le gaspillage et les usages de luxe.

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