Il ne peut y avoir de sortie de crise sans inverser le rapport de
force sociale et politique entre le monde du travail et les classes
possédantes. Contrairement à ce que prétendent les gouvernants, la lutte
des salariéEs pour la défense de leurs droits, loin d’être vaine,
représente la seule voie pour sortir de la crise.
Les couches sociales d’en bas, les plus nombreuses, s’appauvrissent
visiblement: moindre consommation, en tout cas de plus en plus en deçà
des besoins. Cet appauvrissement général en retour pèse sur la sphère de
production: fermeture de pans entiers industriels, chômage de masse.
> Augmenter les salaires,
garantir un revenu décent.
Ce sont les profits exorbitants, confisquant une part toujours plus
importante de la richesse produite, qui sont à l’origine de la
spéculation et de la crise financière. La meilleure façon de réduire les
profits, c’est d’augmenter la part des salaires. Il y a urgence à
augmenter les salaires de 300 €, à garantir que pas un revenu ne soit
inférieur à 1500 € net, à opérer un rattrapage des salaires féminins.
> Interdire les licenciements
et la précarité !
Licenciements, temps partiel imposé, chômage partiel, heures
supplémentaires, intensification du travail… le patronat traite les
salariés comme une variable d’ajustement pour maintenir ses profits.
Pour cela il combat pour la liquidation de toutes les garanties
conquises par les luttes et tout statut protecteur comme celui de la
fonction publique.
Pour en finir avec la précarité, nous n’avons besoin que du seul
contrat à durée indéterminée. Cela exige évidemment la fin des contrats
précaires – CDD et intérim – qui ne servent qu’à ajuster au plus près
les effectifs aux besoins des patrons.
Remettons les choses à l’endroit: le droit à l’emploi prime sur le droit de propriété.
En cas de diminution de la production, l’intensité et la durée du
travail doivent être réduits sans perte de salaire. Les licenciements
doivent être interdits.
Dans les entreprises qui font des profits comme dans celles qui
apparaissent en difficulté mais dépendent en réalité d’un grand groupe
qui fait lui des profits, les salariés doivent avoir accès aux comptes
des entreprises et pouvoir remonter jusqu’aux donneurs d’ordre, ce qui
implique la levée du secret bancaire.
Fondamentalement, c’est le statut même des salariéEs qui doit être
totalement changé. En cas de modification de la production,
l’entreprise, les donneurs d’ordre, le groupe, la branche doivent
assurer le salaire, la poursuite de la carrière et de la formation. Dans
tous les cas, par-delà les aléas de telle ou telle entreprise, c’est au
patronat d’ assumer la responsabilité totale de la suppression d’un
poste en finançant un fonds de financement mutualisé, afin de permettre
le maintien des salaires et des contrats de travail.
Nous défendons inconditionnellement le droit à l’emploi, mais pas
n’importe quelle production de biens ou de services. Pour des raisons
écologiques et sociales, des productions doivent être arrêtées comme le
nucléaire, ou réduites drastiquement comme l’industrie d’armement, le
transport routier de marchandises ou encore la production de pesticides.
D’autres par contre devraient être mises en place de toute urgence
comme la production massive d’énergie à partir de sources renouvelables.
Mais ni les salariés ni les collectivités de travail ne doivent faire
les frais des bouleversements nécessaires. Interdire les licenciements,
garantir le maintien des emplois, permet au contraire d’envisager
sereinement des modifications de production protégeant les salariéEs,
l’ensemble de la population et la nature.
> Travailler toutes et tous,
moins longtemps, moins durement !
Les gains de productivité ont été accaparés par les actionnaires. Il
faut mettre fin à cette injustice : s’il faut moins de travail pour la
même production, c’est aux salariéEs d’en bénéficier. Il faut passer
tout de suite à 32 heures sans perte de salaire, embaucher et refuser la
flexibilité.
Mais au-delà, parce que le chômage de masse est une arme redoutable
dans les mains du patronat: contre les chômeuses et chômeurs d’abord,
méprisés et culpabilisés, contre les femmes et les étrangers accusés de
voler le travail, contre les précaires condamnés à accepter ce qu’ils ou
elles trouvent, contre tous les salariéEs, insécurisés et menacés…
parce que le travail fatigue, use et tue prématurément, parce que nous
avons besoin de temps pour se reposer, partager les tâches domestiques,
réfléchir, se cultiver, militer… vivre!…Il faut réduire et partager le
temps de travail jusqu’à l’abolition du chômage!
> Défendre la protection sociale,
développer le salaire socialisé.
Alors que le patronat cherche par tous les moyens non seulement à
bloquer les salaires mais aussi à détruire l’ensemble de la protection
sociale et en premier lieu les retraites, nous revendiquons plus que
jamais le salaire socialisé.
Bien que, sur le bulletin de paie, figurent le salaire net, les
cotisations dites patronales et salariales, c’est l’ensemble du salaire
qui rémunère notre force de travail. La cotisation sociale, le salaire
socialisé, finance les retraites, les indemnités du malade ou du
chômeur, les allocations familiales.
Le principe du salaire socialisé s’oppose à la logique du système
capitaliste : bien que ne travaillant pas, les personnes au chômage, en
arrêt de travail pour maladie ou accident, en retraite, bénéficient d’un
salaire! Alors que le salaire obéit aux lois du marché capitaliste, la
redistribution du salaire socialisé repose sur une autre logique «à
chacun selon ses besoins» en rupture avec le dogme libéral qui prétend
que le sort de chacun est fonction de l’effort individuel. Bien loin
d’être une «charge», les cotisations vont dans le sens d’une libération.
Comme nous n’accepterions pas que notre employeur ou le gouvernement
décident de l’utilisation de notre salaire direct, nous devons rester
maître du salaire socialisé, qui aujourd’hui s’il échappe au contrôle
direct des capitalistes fait l’objet d’une gestion bureaucratique non
démocratique. Les seuls légitimes pour gérer les caisses de Sécurité
sociale qui sont notre salaire collectif sont les représentantEs des
salariéEs démocratiquement élus, mandatés et révocables sans intrusion
du patronat et de l’État.
Le montant de la retraite, des indemnités chômage, maladie, accident
de travail, invalidité… doit être égal au meilleur salaire et indexé sur
l’évolution salariale. Les allocations familiales doivent couvrir
totalement les charges liées aux enfants.
Les soins et les médicaments doivent être gratuits car remboursés à
100 %. Mais notre protection sociale ne doit pas alimenter les profits
de la médecine libérale, des cliniques privées, des trusts
pharmaceutiques. Il faut un véritable service public de santé avec des
moyens et du personnel pour l’hôpital public bien sûr, mais aussi le
développement d’un réseau de centres de santé de proximité. Quant aux
grands groupes de l’industrie pharmaceutique qui occupent le haut du CAC
40, ils doivent simplement être expropriés dans le cadre d’un service
public de la recherche et de la production des médicaments.
Le salaire socialisé doit aussi être imposé durant toute la vie de la
crèche à la formation, jusqu’à la retraite, par l’extension des
services publics de la petite enfance, du 3e âge, par le salaire étudiant ou allocation d’autonomie.
Le droit à un revenu digne doit être imposé comme un droit universel.
Nous n’avons pas l’illusion que le capital se laissera amputer
passivement, seul le rapport de forces imposera la progression et
l’extension du salaire durant toute la vie, associées à sa gestion
démocratique dans la perspective d’une gestion solidaire et non
capitaliste.
> Garantir l’accès aux biens communs
dans un but social et écologique.
Aujourd’hui, une partie importante du salaire est consacrée à se
(mal) loger. Le blocage des loyers, leur fixation y compris dans le
secteur privé, la création d’un grand service public du logement en
expropriant les grands groupes de l’immobilier sont des priorités. C’est
aussi une condition pour proposer des logements bien isolés, sobres en
consommation d’énergie.
De même, les prix des produits alimentaires de première nécessité
doivent être bloqués et la TVA sur ces produits doit être supprimée. La
grande distribution et l’agro-business, les quelques centrales de
distribution doivent cesser de dicter leurs lois tant aux consommateurs
qu’aux producteurs afin que chacunE ait accès à une nourriture de
qualité dans un environnement sain.
Défendre des conditions de vie décentes pour la population passe par
des services 100 % publics et une extension de la gratuité : santé,
transports collectifs de proximité, télécommunications... Il s'agit de
constituer de nouveaux «communs» en donnant accès à des biens et
services hors des circuits marchands échappant à la domination qu'exerce
le capital sur la consommation via la maîtrise de la production et le
marketing. La mise en place de ces services publics implique une
socialisation de leur gestion et de leur financement qui associe les
consommateurs, les salariés et les représentations des collectives
publiques pertinentes. S’agissant de certains biens communs tels que
l’eau ou l’énergie, la garantie du droit d’accès pour tous et toutes
doit s’accompagner d’une maîtrise de leur utilisation pour des raisons
écologiques. La gratuité de la consommation de base pour tous les
citoyens – fixée au niveau de la consommation moyenne d’un salarié –
doit donc être complétée par une taxation fortement progressive de la
consommation excédentaire qui pénalise le gaspillage et les usages de
luxe.
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