Ce sont «les marchés», c’est-à-dire les grandes banques
internationales et les fonds de placement, qui dictent les plans
d’austérité contre les peuples : «garder sa notation» tient lieu de
boussole aux gouvernements. Personne ne conteste plus ce constat. Mais
les positionnements politiques et sociaux changent du tout au tout. Pour
les défenseurs du capital «la dette doit être honorée», car
l’endettement serait la preuve du «laxisme» des gouvernements et du
«poids insupportable» des «transferts sociaux». Pour nous la dette est
illégitime. Les salariés ne doivent pas la reconnaître. Ils ne doivent
pas la payer.
> Aux origines de la crise...
La crise actuelle est celle des dispositifs mis en place pour
résoudre la crise précédente des années 70. Libérés de toute contrainte
du fait des décisions prises par les gouvernements depuis les années
1980, les capitaux financiers circulent en temps réel et de manière
continue sur toute la planète. Les travailleurs et les systèmes de
protection sociale sont ainsi mis brutalement en concurrence. C'est au
nom de la compétitivité que des normes de rendement de 15% des capitaux
employés pour les actionnaires ont pu être imposées. Le secteur
financier est aussi, le vecteur principal de l'accroissement inouï des
inégalités à l'origine d'un retour en force des rentiers : en 2007, plus
du quart de la fortune des 400 personnes les plus riches au monde
provenait ainsi directement de la finance et, dans les pays capitalistes
avancés, ce sont les 1% les plus riches qui ont vu leurs revenus
s'envoler au cours des vingt dernières années. Ainsi, en France, entre
1998 et 2005, les revenus de 90% de la population n'ont quasiment pas
bougé (+4, 9%). Par contre, ceux des 1 % les plus riches ont progressé
de 19, 4%, ceux des 0, 1% les plus riches de 32% et ceux des 0, 01% les
plus riches de 42, 6 % !
Mais, la financiarisation des économies, l’augmentation des dettes
des particuliers, des entreprises et des États, depuis les années 1980
sont aussi un des symptômes de l'épuisement du capitalisme. C'est aussi
une sorte de fuite en avant alors même que l'accumulation réelle du
capital est rendue plus difficile par l'intensification de la
concurrence des capitalismes brésilien, russe, indien et chinois (pays
connus sous le nom de BRIC). L'accumulation du capital financier a aussi
un caractère fictif : les titres financiers qui s'amoncellent
correspondent à des reconnaissances de dettes qui ne pourront jamais
être honorées. C'est ce que révèle la déconnexion entre le rythme très
rapide de croissance des marchés financiers et celui, bien plus lent,
auquel a progressé la production de marchandises.
Les crises financières, plus violentes à chaque fois, se multiplient
depuis deux décennies. Elles découlent du caractère partiellement fictif
de cette énorme baudruche financière qui menace à tout instant de
crever. Pour l'empêcher, les États sont sommés par les capitalistes
d’intervenir de plus en plus massivement à chaque fois en faisant payer à
la population les promesses insensées qui ont été faites aux détenteurs
de titres financiers.
En 2008-2009, l'intervention publique s'est effectuée à une échelle
inédite – mobilisant, tous dispositifs confondus, des sommes de l'ordre
de 10% du PIB des pays du G8 et de bien plus encore en Chine. Et cela
sans aucune contrepartie significative en termes de contrôle sur les
banques ou de réglementation des marchés. Leur arrogance n'a aucune
limite. Moins d'un an plus tard, les grandes institutions ont lancé des
attaques spéculatives contre la dette de plusieurs pays européens. Il
s'agit maintenant de faire payer cash aux populations – par des cures
d'austérité drastiques – les sommes que les gouvernements ont engagées
quelques mois plus tôt pour sauver le système financier.
Il y a urgence à prendre le contrôle du secteur financier. Il faut en
finir avec les diktats imposés aux peuples. Un gouvernement au service
des travailleurs et de la population, s’appuyant sur leur mobilisation,
leurs organisations à travers des comités démocratiques en particulier
dans les secteurs des banques et de la finance prendrait trois mesures
clés qui permettraient d'atteindre un tel objectif : l'annulation de la
dette illégitime, la socialisation du système de crédit et le contrôle
des capitaux.
> L'annulation de la dette publique illégitime.
La dette publique n'a cessé de progresser depuis les années 1980. En
France, elle est ainsi passée de 20 % du PIB en 1980 à 64% en 2007,
bondissant à 77, 1 % en 2009 avec la crise. Cette hausse de
l’endettement public provient d'un mécanisme simple : les gouvernements
commencent par emprunter auprès des actionnaires et des riches qu’ils
renoncent à taxer, avant de les protéger ouvertement de l’impôt comme
Sarkozy. Le service des intérêts opère ensuite un transfert de richesse
au bénéfice des détenteurs des titres de la dette et renforce ainsi leur
pouvoir économique et politique. En 2008, le seul paiement des intérêts
de la dette représentait 45 milliards d'euros, l'équivalent des
trois-quarts du budget de l'éducation nationale.
Les gouvernements ont soumis les finances publiques aux diktats des
banques, des fonds d’investissements et des agences de notation. La BCE a
été conçue dans cette perspective de protection des intérêts des
rentiers. La dette accumulée depuis les années 1990 est une création du
capital financier et des gouvernements qui le servent.
En finir avec la soumission volontaire des gouvernements face aux
banques et aux fonds de placement financier passe par l'annulation de la
dette illégitime.
Cela implique un moratoire immédiat sur les
remboursements et une évaluation publique sous contrôle démocratique, de
cette dette pour définir les limites et conditions auxquelles des
remboursements pourraient être consentis.
L’essentiel de la dette est détenu par des banques et fonds
d’investissement qui doivent être nationalisés. Il est possible
d’annuler la dette illégitime tout en garantissant une pension aux
ménages modestes qui détenaient des titres publics.
> La socialisation du système du crédit.
Une telle annulation de la dette sape les bases de la domination des
grandes institutions financières. Il n'est évidemment pas question de
venir les sauver une nouvelle fois, mais au contraire, de mettre en
œuvre une appropriation publique et sociale complète du système de
crédit. Cette socialisation vise à mettre en place un véritable service
public bancaire décentralisé et démocratiquement contrôlé.
> Le contrôle sur la circulation des capitaux,
une nécessité pour tous les travailleurs
et la population d’Europe.
La socialisation du crédit est indissociable du contrôle de la
circulation des capitaux et donc des places financières. Elle implique
la fermeture des bourses et le contrôle des échanges monétaires. Une
telle politique qu’engagerait un gouvernement démocratique des
travailleurs ne signifie nullement en repli sur les frontières, un
isolement national.
Quel que soit le pays où les travailleurs parviendront les premiers à
se mettre en position de ne pas payer la dette illégitime et de
socialiser le crédit, les mesures seront accueillies avec enthousiasme
par ceux des autres pays. Les formidables mobilisations répétées en
Grèce, les appels des syndicats à la grève générale au Portugal, en
Italie, le sentiment de révolte profond qui s’est manifesté en Roumanie
en attestent. Dès lors qu'il s’agit d’aller vers une Europe des
travailleurs, tout gouvernement de rupture anticapitaliste devra se
protéger contre la fuite des capitaux.
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