4 - Engager une transition écologique et sociale en rupture avec le capitalisme et le productivisme.

La grande crise que nous traversons est une crise globale : économique, sociale, mais aussi écologique et civilisationnelle. Les réponses proposées doivent être aussi globales. La transition écologique et sociale que nous défendons vise à mettre au cœur du fonctionnement des économies la satisfaction des besoins humains individuels et sociaux dans le respect des équilibres écologiques de plus en plus menacés.

La crise écologique en cours résulte en premier lieu du fonctionnement même du capitalisme et de sa fuite en avant destructrice. Les atteintes portées aux écosystèmes comme les perturbations des grands cycles régissant la biosphère – comme celle du cycle du carbone à l’origine du changement climatique en cours – menacent la pérennité de nombreuses activités humaines qui reposent sur leurs bases.

Si la «chasse passionnée» au profit est le moteur de la croissance au sein du capitalisme, la mise au centre des problèmes de besoins et de sauvegarde des conditions écologiques de la reproduction sociale suppose de rompre avec le productivisme tout en mettant fin dans le même mouvement au chômage structurel. L’enjeu est de sortir d’une situation où la fuite en avant productiviste refuse à beaucoup de femmes, hommes et enfants plus que des moyens de survie. Notre projet s'inscrit dans une logique de «bien vivre» et vise à donner à chacun la possibilité de participer à la production sociale au lieu d’en être marginalisé. Cette transition suppose de s’attaquer aux mécanismes d'oppression inhérents aux rapports sociaux capitalistes : l'exploitation par laquelle les détenteurs du capital s'approprient le fruit de notre travail ; la soumission à l'autorité patronale et la manipulation de nos désirs par la publicité ; la concurrence qui nous oppose les uns aux autres tant au sein d'un même établissement que d'un bout à l'autre de la planète ; les rapports impérialistes sur lesquels sont fondés la production d’énergie notamment le pétrole (Total), l’uranium (Areva)] exigée par les modes de transport, d’habitat et de consommation qui nous sont actuellement imposés.

La rupture avec le capitalisme vers le socialisme repose sur la construction d'autres relations entre les êtres humains et de ceux-ci avec la nature. Il s'agit d'établir une démocratie étendue notamment à la sphère économique : les travailleurs doivent se saisir de la gestion des entreprises ; les citoyens doivent décider des grandes orientations de l'évolution des économies. Cette démocratisation économique implique une socialisation des grands moyens de production et de services ainsi que la mise en place de mécanismes de planification démocratique. Dans l’agriculture, il faut donner aux petits et moyens paysans les moyens de sortir de formes de production agricole dont les fortes difficultés qu’ils subissent aujourd’hui sont l’expression. Ils connaissent mieux que quiconque ce qu’il faudrait faire au plan agronomique. Ce sont les conditions économiques et politiques qui leur font défaut, celles qui les libéreront des diktats du marché mondial et du productivisme. Dans tous les domaines, la transition vers le socialisme reposera sur la libération des potentialités créatrices, sur le développement des expériences d'autogestion et des communs, à tous les niveaux de la société du local au national.

> Un plan de transformation économique, 
   écologique et sociale.

L’arrêt des licenciements, la réduction du temps de travail, l’égalité hommes-femmes sur le plan salarial et du partage des tâches, sont autant de mesures qui doivent obligatoirement s’accompagner d’un «plan de transformation économique, écologique et sociale». La libéralisation et la mondialisation rendent ce plan impératif. La lutte contre le réchauffement climatique, contre la réduction accélérée de la biodiversité, les processus insidieux d’empoisonnement radioactif et chimique (liste non limitative) tout autant.

Les grands groupes industriels et de services ne font aucun mystère du fait que ce qu’il leur importe le plus est de situer leurs nouveaux investissements en Chine et en Inde, d’accepter la production locale de composants pour gagner des appels d’offre, de sous-traiter aux entreprises de pays à bas salaires chaque fois qu’ils le peuvent, jusqu’aux travaux d’ingénierie dans l’aéronautique. Leur logique est clairement incompatible avec une relocalisation des productions et encore moins avec une gestion durable et économe des ressources: même les maigres avancées du Grenelle de l’environnement ont été balayées par le poids des lobbies industriels qui ne peuvent supporter qu’une norme sociale ou environnementale entrave leurs profits.

Il n’y a que les salariés et les paysans petits et moyens eux-mêmes qui peuvent assurer l’existence, en France et en Europe, d'un outil de production garantissant l’emploi de toutes et tous, placé au service des besoins sociaux, basé sur de bonnes conditions de travail, ne gaspillant ni l’énergie, ni les matières premières ni le temps de travail humain, et préservant les équilibres écologiques. C’est la course au profit qui a façonné depuis trente ans l’organisation spatiale du travail dans l’espace français et européen et la division internationale du travail dans l’espace mondial. Les unités de production ont été disloquées entre la sous-traitance et les délocalisations, les travailleurs ont subi la précarité, les transports ont explosé, les pollutions ont été occultées. La reconstruction de filières industrielles réintégrant la chaîne de fabrication et les services associés sur un même lieu permettrait de combiner stabilité de l’emploi, visibilité et contrôle sur la production et les nuisances, réduction des transports. La transformation écologique et sociale dont les salariés et les paysans seront les protagonistes devra donc s’accompagner d’importantes relocalisations.

Les issues à la crise conjointe, sociale et écologique, sont d’abord politiques. Au plan industriel et technologique, il s’agit de mettre les «travailleurs associés», en position de construire les nouvelles interconnexions entre l’emploi, la sortie du nucléaire et des productions polluantes et la transition vers les énergies alternatives, la réorganisation des villes et des transports, la construction de logements sociaux à basse consommation énergétique, les services publics (éducation, santé, transports, eau …), la sortie des systèmes agricoles très polluants et à haute intensité d’émissions de gaz à effets de serre, l’évolution des habitudes alimentaires, etc.

La transformation économique, écologique et sociale prendra appui sur toutes les expériences régionales et locales. Mais son cadre sera nécessairement coordonné au niveau national et aussi vite que possible européen. À ces deux niveaux, des mécanismes de planification démocratique pour les principaux secteurs de l’économie et de la production devront être mis en œuvre dans une perspective de coopération internationale des peuples.

En effet, le fonctionnement désordonné et à court terme de la coordination économique par le marché ne peut pas rendre cohérente une telle transition. L'interdépendance entre les diverses dimensions des changements engagés doit être organisée : relocalisation des économies, transformations progressives du logement, des transports, des investissements industriels et agricoles, des infrastructures, de l'énergie. Il faut pouvoir établir des priorités, par exemple favoriser le développement des transports collectifs et des modes de déplacements non polluants. À un autre niveau, un maillage des territoires garantissant l'accès de l'ensemble de la population aux services de santé (prévention et soins) se construit dans la durée et nécessite des investissements et des politiques de formations adéquates.

Les mécanismes du marché sont incapables de faire émerger efficacement de tels choix qui engagent le long terme. Dans le cadre des échanges marchands, nul n'est incité à se préoccuper des conditions de la production des biens et services qu'il consomme sauf sur un mode culpabilisateur des individus pris séparément et qui vise à dédouaner les véritables responsables exploiteurs et pollueurs. Inversement, les débats publics qui accompagneraient des processus de planification ouverts participeraient au contraire d'une politique des modes de vie poussant les individus à intégrer dans leur comportement les intérêts de la communauté étendue, c'est-à-dire y compris les générations futures.

> Développer l’auto-organisation 
   et les expériences d’autogestion.

Dans tous les domaines, sur tous les terrains, la transformation sociale repose sur l’auto-activité des travailleurs et de la population. Nous encourageons en particulier toutes les formes d’auto-organisation ouvrière, de l’assemblée générale souveraine au comité de grève et aidons à développer chaque fois que les conditions sont réunies, toutes les expériences basées sur l’auto-activité des collectifs de salariéEs, de producteurs ou de citoyens dans tous les domaines de la production matérielle ou intellectuelle. L'ensemble des expériences socio-économiques autogérées et décentralisées doit ainsi être soutenu et renforcé: prise de contrôle d’entreprises en faillite par les salariés, mais aussi création de coopératives de production ou de services, de structures rapprochant producteurs et consommateurs, ou encore création de nouveaux biens communs sociaux comme les logiciels libres.

Dans le cadre du capitalisme, ces initiatives sont menacées en permanence d’être récupérées et normalisées. Leur développement n’en constitue pas moins un enjeu important qui doit être pensé non comme une alternative au mouvement ouvrier et citoyen mais comme une partie de celui-ci: il s'agit en effet de cadres qui échappent – au moins partiellement – aux logiques capitaliste, productiviste et à la verticalité du pouvoir étatique. De même, nous tentons de susciter et soutenons les processus d’autogestion ouvrière que les vagues de licenciements et de fermetures d’entreprises remettent à l’ordre du jour. La question de la récupération d’entreprises par leurs travailleurs eux-mêmes, de la poursuite ou reprise de la production en autogestion, pourra être de plus en plus fréquemment posée – comme cela avait été le cas dans l’Argentine post-2001.

Ces expériences sont doublement importantes. D'abord, parce qu'elles constituent des démonstrations certes limitées, mais concrètes, que des relations économiques efficaces peuvent se lier entre les êtres humains qui ne soient ni celle de la redistribution bureaucratique et ni celle de la concurrence capitaliste. Ensuite, parce qu'il s'agit d'une formidable source de créativité et d'invention sociale, permettant de tester et d'inventer des procédures de coopération, d'en mettre en évidence les limites et les forces.

Nous devons entretenir des relations avec ces secteurs qui remettent en cause la logique marchande, afin d’en nourrir notre projet d’une société basée sur d’autres rapports sociaux et écologiques de production mais aussi afin d’amener la contestation politique du capitalisme et la nécessité d’une véritable démocratie des producteurs-citoyens au cœur de ces démarches d’autogestion.

Nous avançons les revendications de maîtrise collective de l’organisation du travail, la contestation du pouvoir du patronat sur la production, la réquisition et la prise de contrôle des outils de productions et des profits.

Dès à présent, des mesures de soutien conditionnel – sur la base de critères sociaux et écologiques – à ces secteurs non soumis à la logique du profit doivent être envisagées, notamment en termes de fiscalité, de soutien logistique, d'accès aux infrastructures et de commandes publiques. Dans le cadre de la transition, il faudrait favoriser leur montée en puissance et organiser leur articulation aux activités planifiées.

> La planification socialiste 
   écologique et démocratique.

La planification démocratique doit permettre à la société de définir ses objectifs concernant l’investissement et la production à l’intérieur d’un secteur donné de l’économie, comme entre les différents secteurs en prenant en compte les impératifs de respect de l’environnement, de coopération internationale, de respect des conditions de travail de tous et des droits démocratiques.

La production et la consommation doivent être organisées rationnellement non seulement par les «producteurs» mais aussi par les usagers-citoyens et, de fait, par l’ensemble de la société, soit la population productive ou «non productive» : étudiants, jeunesse, retraités, etc. Les prix des biens eux-mêmes ne répondraient plus aux lois de l’offre et de la demande, mais seraient déterminés autant que possible selon des critères sociaux, politiques et écologiques; de plus en plus de produits et de services seraient distribués gratuitement. L’évitement du gaspillage et les contraintes écologiques conduisent cependant dans une série de cas à combiner la gratuité d’une quantité de base, garantissant à chacun un doit effectif au bien suffisant, et la taxation de la consommation du surplus.

Le caractère démocratique de la planification s’appuiera sur le partage et l’extension des savoirs dits «experts» établis de manière contradictoire au cours du processus démocratique de prise des décisions. Par exemple concernant la réponse aux besoins alimentaires, énergétiques, de déplacement, de qualité de vie… la connaissance concrète et partagée des conditions écologiques et agronomiques de la production et de leurs limites devra être à la base des débats et des décisions.

Il y aurait, bien entendu, des tensions et des contradictions entre les établissements autogérés et les administrations démocratiques locales et d’autres groupes sociaux plus larges. La planification socialiste doit être fondée sur un débat démocratique et pluraliste, à chaque niveau de décision.

> Sortir de la crise, 
   c’est aller vers le socialisme du XXIe siècle !

Tout le monde sent bien l’urgence de la situation. Le basculement historique que représente la crise globale du capitalisme exige des réponses radicales pour beaucoup inédites.

La rupture avec l’économie de marché, avec la concurrence et le productivisme capitaliste, le développement d’une planification démocratique permettant aux hommes et femmes de prendre leur destin en main ne se fera pas d’un seul coup. Une phase de transition où l’avenir le disputera au passé, est inévitable. Il n’y a pas de sortie possible de la crise sans une lutte radicale pour le pouvoir démocratique de celles et ceux qui produisent les richesses tant matérielles que culturelles, sans une lutte pour un autre monde, celui du partage et de la communauté des biens, de la coopération des peuples, de la liberté et de l’émancipation humaine, la lutte pour un monde socialiste. Cette perspective suppose de concilier le développement humain avec l’impératif écologique.

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